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Islam


Fernand Dumont
L'anti-Sultan ou Al-Hajj Omar Tal du Fouta,
combattant de la Foi (1794-1864)

Nouvelles Editions Africaines. Dakar-Abidjan. 1979. 247 pages


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I. Le Disciple (Murîd)

3. La Maturité

« A propos du pèlerinage aux Lieux Saints de l'Islam effectué par le cheikh Omar, Muhammad Al-Hâfiz rapporte :

« … lorsque le cheikh Omar fut parvenu dans le pays des Touareg, l'Aïr, il entendit dire que Sayyîdî Muhammad Al-Ghâlî 1 se trouvait dans les environs de la Mekke ». Omar en fut très heureux et dit : « J'en fus extrêmement réjoui, et je demandai à Allah la grâce de le rencontrer. Allah m'accorda cette faveur, à la Mekke, après la prière de l'après-midi, non loin du maqâm de notre Seigneur Abraham 2 (que la Paix soit sur lui !). Nous nous parlâmes un peu. Le cheikh fut très content de moi, et il m'honora, parce qu'il avait discerné ma sincérité. Il m'offrit les Jawâhir al-ma'ânî, que j'ai encore aujourd'hui, pour que je les étudie. Je restai avec lui jusquà ce que nous eûmes terminé les rites du pèlerinage ».

Voici donc le cheikh Omar devenu hâjj 3 : titre enviable alors, car le pèlerinage aux Lieux Saints constituait l'obligation la plus difficile à remplir pour les musulmans des lointaines contrées d'Afrique.
Muhammad Aliou Tyam a noté 4 l'importance de cette rencontre avec Muhammad Al-Ghâlî, et de la lecture des Jawâhir :

« … c'est ainsi que le cheikh Omar reçut les Jawâhir al-ma'ânî des mains de cet Ami, le cheikh Muhammad Al-Ghâlî : lis-les attentivement, au point de ne plus t'écarter de la Voie ! » … «
Ayant étudié les Jawâhir, Al-hâjj Omar devint plus souple et médita sur les pouvoirs des cheikhs » …

Ce passage est significatif. En effet, ce n'est plus, désormais, de Mawlûd Fal, disciple de Muhammad Al-Hâfiz Al-Baddî des Ida Ou 'Alî, ni même de 'Abd-al-Karîm, que le cheikh Omar va tenir l'essentiel de son initiation définitive au Tidjanisme. L'Anonyme de Fès a également noté que, par la suite, Omar reçut toute son initiation « du savant en Dieu, de celui qui unissait la connaissance de la Vérité suprême et mystique à celle de la Loi divine, et qui fut son Maître par ordre du cheikh Al-Tidjânî…, Muhammad Al-Ghâlî… C'est grâce à son enseignement qu'Al-hâj Omar parvint aux degrés extrêmes de la perfection ».
Le cheikh Ahmad Al-Tidjânî aurait, en effet, révélé à Muhammad Al-Ghâlî :

« J'accorde au cheikh Omar la connaissance de tous les secrets et de toutes les oraisons de notre Ordre, dont il peut avoir besoin. Quant à toi, tu n'as simplement qu'à les lui transmettre ».

Henri Gaden 5 note ainsi les chaînes mystiques successives du cheikh Omar :

  1. Abd-al-Karîm ibn Abmad A(l)-Nâqil.
    Mawlûd Fal.
    Muhammad al-Hâfiz Al-Baddî
    Sayyîdî Abmad Al-Tidjânî
  2. 'Abd-al-Karîm ibn Abmad A(l)-Nâqil.
    'Abd-al-Halîm
    Muhammad Al-Ghâlî
    Al-hâjj Al-]Harâzimî
    Sayyîdî Ahmad Al-Tidjânî
    'Abd-al-Karim ibn Ahmad A(l)-Nâqil
  3. Mawlûd Fal
    Muhammad Al-Ghâlî
    Sayyîdî Abmad Al-Tidjânî
  4. Muhammad Al-Ghâlî
    Sayyîdî Ahmad Al-Tidjânî

L'examen de ces chaînes d'initiation montre que, dans la première, le cheikh Omar accède à l'intime de la pensée du Fondateur de la Tidjâniyya par l'intermédiaire de trois cheikhs africains. La deuxième n'en comprend que deux, et si la troisième en comporte encore deux, la quatrième les ignore tous : désormais le cheikh Omar n'aura plus d'autre intermédiaire, entre lui et le cheikh Ahmad Al-Tidjânî, que le cheikh Al-Ghâlî, successeur ou khalife du Fondateur. Il en sera de même lors de son initiation à la Khalwatiyya :

etc…, jusqu'au Prophète Muhammad. Plus tard, enfin, Al-hâj Omar recevra même son inspiration directement du cheikh Ahmad Al-Tidjânî…
Cette évolution avait été notée par Paul Marty 6 de la façon suivante :

« Al-hadj Omar rompit de bonne heure avec les Ida Ou Ali, marabouts de sa jeunesse, et affecta de ne considérer, comme authentique pour lui, que son initiation par Mohammad Ah-Râli. Il n'entretint d'ailleurs avec celui-ci, pas plus qu'avec les cheikh d'Aïn Mahdi ou de Temacin, aucune relation privée ou religieuse, et développa sa voie en pays noir d'une façon complètement indépendante. «

C'est donc par Mohammed Al-Râli qu'Al-Hajj Omar et ses fidèles d'aujourd'hui se rattachent canoniquement à Si Ahmad Tidiani, le fondateur et premier grand-maître de l'ordre ».
L'activité d'Al-hâjj Omar à la Mekke confirme tout cela. Après l'accomplissement des rites du pèlerinage, le jeune cheikh suivit Muhammad Al-Ghâlî, et devint son disciple. Après trois années, le cheikh Ahmad Al-Tidjânî apparut à Al-Ghâlî, et lui ordonna de parachever l'initiation du cheikh Omar, en faisant de ce dernier un muqaddam 7 de l'Ordre, nanti du wird et des dhikr, avec l'autorisation de nommer, à son tour, d'autres représentants locaux.
Al-Ghâli aimait répéter à Al-Hâjj Omar :

« J'atteste, au nom d'Allah, que tu aimes le cheikh Al-Tidjânî (qu'Allah l'ait en Sa complaisance ! » et il ajoutait: « Par Allâh ! par Celui en dehors de qui il n'y a pas d'autre divinité ! je resterai très longtemps en prière devant l'Apôtre d'Allâh (qu'Allâh le bénisse et lui accorde la paix!), et les seules paroles qui sortiront de mes lèvres seront des prières en ta faveur ».

Muhammad Al-Hafiz Al-Tidjânî achève comme il suit le récit d'Al-hâjj Omar, alors que celui-ci suivait son nouveau Maître, Muhammad Al-Ghâlî :

« Après l'accomplissement de ces rites 8, je me rendis avec lui à Médine, illuminée par le Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui!). Nous y fûmes le premier jour du mois de Muharram. Je passai cette année-là en sa compagnie, à Médine, et je m'en remis à lui corps et âme.
Je le servis ainsi pendant trois ans, et je réappris tout de lui 9. Il me fît connaître les litanies jaculatoires 10 nécessaires, et il m'intégra parmi les adeptes de la Voie. Il ne cessa pas de m'expliquer les oraisons, et de me confier les secrets de la Voie. Par lui j'acquis les lumières 11, en accord avec la Loi coranique 12 et l'Essentielle Vérité » 13.
Muhammad 14 Ah-Hâfiz ajoute :

« Sayyîdî Muhammad Al-Ghâlî ne cessa pas de prendre soin de l'éducation d'Al-hâjj Omar, jusqu'à ce que ce dernier se suffise à lui-même. Alors Allâh voulut bien qu'il soit reconnu comme l'un des successeurs du Cheikh (qu'Allâh l'ait en Sa complaisance !). Sayyîdî Muhammad Al-Ghâlî lui ordonna d'appeler les hommes à venir vers Allâh, et lui recommanda de ne pas fréquenter les rois 15.

Al-hâjj Omar a écrit, dans le « Livre des Lances », au sujet de Muhammad Al-Ghâlî (qu'Allâh l'ait dans Sa complaisance !) :

Il me dit, alors que nous étions dans la Mosquée du Prophète, à l'heure de midi, et que nous accordions l'investiture à des gens pour en faire des muqaddam(s) autorisés à donner le wird : Toi, tu es un des Successeurs 16 du Cheikh 17, et non un simple muqaddam ».

Muhammad Al-Hâfiz ajoute :

« Et il a montré, dans le « Livre des Lances », la différence qu'il y a entre un khalife et un muqaddam. Dans le chapitre XXIX de ce livre, il dit en effet : Sache qu'Allâh nous a favorisés tous les deux 18 pour accomplir Ses desseins, et que la fonction khalifale procède du vicariat du cheikh : le khalife est son successeur, car ce qui appartenait au cheikh est retransmis à ses disciples, en ce qui concerne les oraisons incantatoires et liturgiques, sections du Coran, les secrets, les directives, objectifs, retraites, règles, enseignements et connaissances 19. Par conséquent, le khalife fait pour eux , et avec eux, ce que faisait leur cheikh, et il a sur eux, en fait de prérogatives, tout ce qui revenait au cheikh, en vertu de la fonction khalifale et de son caractère de vicariat. Il a ajouté : Quant au muqaddam, c'est celui qui agit sur l'ordre du cheikh, ou avec l'autorisation de celui-ci, et ainsi de suite, jusqu'à ce que la Terre et ceux qui sont dessus reçoivent d'Allâh une initiation aux oraisons par lesquelles se distinguent les élites, parmi « ceux qui sont à la limite » 20. Chaque pieux munaddam a un rang élevé, qui fait que l'on doit lui obéir et le respecter, comme on le verra dans le chapitre quarante-septième de ce livre béni 21, si Allah le permet. Mais la fonction khalifale n'est pas comparable. Le khalife est le remplaçant du cheikh 22 , d'une manière absolue. C'est pour cela que les muqaddam(s) de celui-ci, et leurs disciples, font partie des sujets du khalife, et qu'ils sont astreints à lui obéir, sans que l'on ait à s'inquiéter de savoir par qui et comment le khalife se trouve investi dans sa fonction ».

C'est alors 23 que le cheikh Ahmad Al-Tidjânî aurait inspiré au cheikh Muhammad Al-Ghâlî de donner l'ordre à Al-hâjj Omar de « repartir vers l'Ouest », et que retentit aux oreilles de ce dernier la parole fameuse que l'on répète en Afrique, en pular : fittoy lesdi, « va nettoyer le pays », c'est-à-dire va nettoyer le pays d'Afrique des souillures du paganisme.
C'est ainsi que le cheikh Omar devint khalife de la Tidjâniyya pour l'Afrique occidentale, par la grâce ou la vertu charismatique du cheikh Al-Ghâlî, qui détenait le privilège d'investir dans cette fonction, et de déléguer les pouvoirs qui en découlent, directement du cheikh-fondateur Ahmad Al-Tidjânî.
C'est là le fait le plus marquant du séjour d'Al-Hâjj Omar au Moyen-Orient : il en revenait consacré vicaire du Fondateur de la Voie Tidjâniyya par le Représentant direct d'Ahmad Al-Tidjânî. Dès lors, le cheikh Omar allait pouvoir se faire reconnaître dans son pays d'origine et aux alentours, comme le seul dépositaire des secrets du Fondateur de la Voie, et bientôt comme l'« héritier parfait » du Prophète, seul véritable dispensateur de la baraka ou grâce efficiente, car « toutes les sciences des anges, prohètes et saints proviennent de son influx » 24. « Le saint est donc l'héritier du Prophète ou même le pôle est l'héritier parfait. Il est le hujja 25. Il est l'intermédiaire entre les prophètes et les créatures, donc, entre Dieu et les créatures ; il est chargé de guider les autres hommes, par l'enseignement ou ta'lim, par l'exemple ou par la propagande : c'est par l'intermédiaire des prophètes et des saints que Dieu déverse sur la masse des hommes « l'influx de Sa miséricorde ». De plus, chaque cheikh transmet sa « présence » à son successeur. Cela explique qu'il y ait nécessairement, en tout temps, un pôle (qutb ou ghawth) ayant pour auxiliaires tous les initiés de la hiérarchie; cela explique aussi la signification de l'isnâd initiatique, et la nécessité pour les cheikhs de délivrer aux initiés une « permission spéciale d'initiation » ; et cela explique, de ce fait, la nécessité de l'attachement du disciple au cheikh » 26.
On reviendra sur ces questions dans les chapitres ultérieurs, consacrés plus particulièrement à la pensée religieuse d'Al-hâjj Omar.
Bientôt, ce dernier allait également pouvoir se sentir et se proclamer en communion directe avec le cheikh Ahmad Al-Tidjânî. On rappelle ici que celui-ci avait déjà délégué son pouvoir d'investiture à Sayyîd Al-Hafiz b. Al-Mukhtâr b. Al-Hafîz Al-Shanqîtî, et qu'Al-hâj Omar aurait pu se voir conférer les oraisons et les secrets de la Voie par le khalife du cheikh Ahmad Al-Tidjânî en pays saharien occidental. En effet, Paul Marty 27, donnant la traduction du « Diplôme de cheikh des Tidjâniyya des Ida Ou 'Alî », cite le passage suivant, par lequel Al-Hâfiz b. Al-Mukhtâr b. Habîb Al-Shanqîtî fut autorisé par le Fondateur de la Voie à conférer l'affiliation à d'autres musulmans : « Notre maître, Ahmed Tidiani, a prescrit ensuite de ne pas nommer plus de dix représentants (moqaddem). Encore faut-il qu'ils soient nécessaires à cause de l'éloignement des pays ou pour toute autre raison. Ces moqaddem, auxquels il confère l'initiation, ont les mêmes pouvoirs que lui-même, qui l'a reçue du Grand Maître, Ahmed Tidjani.

« Il l'a autorisé en outre à réciter toutes les prières qu'il voudrait, sans aucune restriction; et a ajouté que quiconque recevrait l'ouerd 28 de son ami (disciple) le recevrait de ses mains propres, avec même vertu et même baraka ».

Ces oraisons spéciales ne doivent pas empiéter sur les cinq prières rituelles. D'autre part, le wird tidjanite ne saurait être distribué à un musulman déjà pourvu du wird d'une autre confrérie.
Il reste que l'affilié tidjanite doit réciter la prière spéciale dite wazîfa une fois par vingt-quatre heures, et l'attestation de foi ou shahâda après la prière de la mi-soirée du vendredi.
Le wird peut-être récité autant de fois que l'on veut, et comprend trois parties :

  1. « Je demande pardon à Allâh » (cent fois).
  2. « Qu'Allâh bénisse notre Seigneur Muhammad, qui a rouvert ce qui avait été clos, et scellé ce qui avait précédé, qui a raffermi le droit par le droit, qui guide vers Ton droit Chemin. Que ses mérites rejaillissent sur sa Famille ! ».
  3. Cette prière, à réciter cent fois, est dite Salât al-Fâtiha, mais devrait s'appeler plus précisément « la prière de celui qui commence ». Le texte comporte parfois de petites variations.
  4. « Je témoigne qu'il n'y a pas d'autre divinité qu'Allâh, et que Muhammad est l'Apôtre d'Allâh » (cent fois, après la prière du matin et après celle du crépuscule, mais avec possibilité de réciter cette attestation de foi à d'autres moments, en cas d'empêchement).

La prière de la wazifa est ainsi composée :

  1. « Je demande pardon à Allâh, l'Immense, qui exclut toute autre divinité, qui est le Vivant, le Perdurant » (une fois).
  2. La Salât al-fâtiha (cinquante fois).
  3. L'Attestation de foi (cent fois), et enfin:
  4. « La perle de la perfection », jawharat al-kamâl, qu'il faut réciter une dizaine de fois, et dont les paroles sont les suivantes (citées par Mustafâ Sy, de Dakar) :
    « Bénis, mon Dieu, la Miséricorde divine personnifiée et la Perle véritable qui a embrassé la Connaissance et les Lumières créées (= Muhammad), le Descendant d'Adam, porteur de la vérité divine, l'Eclair illuminant le chemin des vérités qui remplissent tout instant et tout espace, Ta Lumière étincelante par laquelle Tu as rempli le Monde qui est Tien, et qui environne chaque endroit.
    « Bénis la Vérité personnifiée, qui illumine tous les trônes par les vérités, l'Essence des connaissances, Ta Voie parfaite.
    « Bénis le triomphe du droit par le droit, le Trésor parfait, le Bon flux de Toi à Toi, Lumière miraculeuse. Bénis-le, Seigneur, d'une lumière qui nous le fasse connaître ».

Il ne s'agit, bien évidemment, que d'un wird et d'une prière à diffusion populaire. Tout adepte de la Tidjâniyya doit les connaître. Mais la véritable initiation d'un muqaddam, et à plus forte raison l'investiture d'un nouveau khalife de la Voie, comporte la transmission des secrets concernant celle-ci, et généralement légués par le Fondateur, ainsi que des oraisons liturgiques (tirées du Coran, par exemple) et incantatoires (méthodes propres à chaque cheikh, en fonction des gens touchés), qui ne peuvent pas être rapportés, parce qu'ils sont strictement préservés de toute indiscrétion. Il est possible de dire, cependant, que ces secrets et ces oraisons constituent à la fois un condensé de l'héritage spirituel du Grand Maître, fruit de son inspiration, de son savoir et de son expérience, et une somme de conseils, de règles, de prescriptions, de directives concernant les étapes à franchir en fonction d'un seul objectif : l'extension du domaine de l'Islam.
Il se trouva, précisément, qu'Al-Hajj Omar, par son origine, qui lui conférait un tempérament de chef, et par ses dispositions naturelles, qui en faisaient un mystique de l'Imitation du Prophète, fut jugé, par les les cheikhs d'Orient, digne et capable de prendre la relève des cheikhs maures pour la diffusion et la défense de l'Islam en Afrique subsaharienne. Il se trouva, de surcroît, qu'Al-Hâjj Omar accepta d'être investi de sa fonction khalifale par le khalife de la Voie en Orient. Et l'on n'est pas aussi sûr que Paul Marty qu'Al-Hâjj Omar s'affranchit plus tard de toute vassalité envers Al-Ghâlî et le vicariat de la Mekke. « Les lances » sont remplies de l'éloge de ce khalife, et, lorsque la chute du combattant de la foi sera consommée, c'est vers le Hidjâz que ses plus proches partisans chercheront refuge, dans l'espoir de jours meilleurs pour eux, et d'une revanche pour maintenir la Voie telle que le cheikh Omar avait pu l'adapter aux conditions africaines.
Muhammad Al-Hâfîz, l'auteur cairote, ajoute encore qu'au Hidjâz, Al-hajj Omar se trouva en compagnie d'un certain Sayyîdi (A)l Bashîr, inhumé après sa mort en Egypte, et que ce dernier lui avait annoncé qu'il deviendrait un « sultan ». Mais c'est là une anecdote secondaire, de pure convention sans doute, car le cheikh Omar allait bientôt montrer son profond mépris pour les « rois » et pour leur condition, et il ne cessera plus de les dominer de son prestige, ou de les écraser par sa puissance, délibérément ou non.

Notes
1. Disciple direct du Fondateur Sayyîdî Abmad Al-Tidjânî, khalife de la Voie en Orient, avant de devenir cheikh de la Zâwiya tidianiyya de Fès.
2. Maqâm Ibrâhîm : «station d'Abraham», édicule situé près de la Ka'ba, et à l'abri duquel se trouve une pierre sur laquelle Abraham se serait juché pour édifier le temple.
3. Hâjj : « qui a fait le pèlerinage » (et non « saint » comme l'écrit Delavignette, 1947, p. 84).
4. Cf. le vers 46.
5. 1935, Note pp. 7 et 8.
6. 1915-1916, p. 284.
7. « Préposé », représentant local d'une confrérie. Vulgo : moqaddem. C'est « celui qui se tient devant les autres pour les guider ». Ces « préposés » recevaient l'autorisation de transmettre aux nouveaux initiés le wird, ou oraison liturgique.
8. Ceux du pèlerinage.
9. Passages soulignés par F. Dumont.
10. Dhikr, « remémoration », « mention », que l'on répète un grand nombre de fois, seul ou en groupe. Cf. méthodes des mystiques.
11. Celles qui permettent d'accéder à la connaissance directe (ma'rifà), par une sorte d'intuition divinatrice.
12. Sharia. La Mystique orthodoxe ne saurait s'en écarter.
13. Mot riche de significations, haqîqa exprime le sens profond des textes sacrés, la « réalité profonde » de la Loi etc…
14. Ahmed Al-Tidjânî, le Fondateur, dont Al-hâjj Omar devient l'un des khalifes pour assurer la pérennité de l'Ordre.
15. Le mot utilisé est : sultans.
16. Khalife. Les premiers khalifes (vulgo: califes) furent les quatre successeurs du Prophète Mubammad, « bien dirigés », à la tête de la Communauté musulmane. Avec l'éclatement de cette Communauté (Umma) le titre de khalife s'est quelque peu déprécié. Plus tard encore, les successeurs des cheikhs fondateurs ou rénovateurs de confrérie se sont parés du titre de khalife. Enfin, en Afrique subsaharienne, on trouve même le titre de Grand khalife Général.
17. Ahmad Al-Tidjânî.
18. Al-Ghâlî et Al-hâjj Omar. Ce dernier s'adresse à son lecteur.
19. Les disciples et les adeptes.
20. Les saints.
21. « Les Lances »
22. Il s'agit de n'importe quel cheikh, fondateur, mais il est évident qu'ici c'est au cheikh Ahmad Al-Tidjânî qu'il faut penser.
23. Cf. Tyam, vers no. 70.
24. Cf. Yves Marquet, 1968, p. 13.
25. « Preuve » (ici : de l'existence d'Allah).
26. Cf. Yves Marquet, 1968, p. 21.
27. Cf. 1915-1916, p. 271.
28. Wird.

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