webPulaaku


Kaidara
Récit Initiatique Peul
Rapporté par Amadou Hampâté Bâ
Edité par Lilyan Kesteloot & Alfâ Ibrâhîm Sow

Classiques Africains. Paris. Julliard. 1969. 181 p.


       Table des matieres      

Kaydara — Strophes 1035-1065

Fey mi dolaali mi nii entiraa-mi 1035
faa mi waɗa balɗe nyaamaa noon yaraali.
Liccam ɗee na cuuroy hersa am fuu.
Yo ɗum tan waɗɗoyii kam mi moonikiiɗo. »
Hammadi wii:
— « Abbam won ko njimmia mi nyaagoyoo ma. » 1040
— « Uuhun nyaaga! »
jaabii gorko mawɗo.
« Wakkati famɗitii pati neeɓtinaa koy;
hoodere nde fuɗan jom maa e jooni;
waajibi rewa e mayre so nii ride fooynii, 1045
nde ɗowa kam faade Kaydara goɗɗoyiiɗo,
woɗɗa ɓadaajo Kaaydara oo mo paa-mi. »
Hammadi wii:
— « Naa aan duu a paado to leyde Kaydara
Ɓayri yo nii mi tewtan mbaajo-ɗaa-mi; 1050
mi reena ko kaalnu-ɗaa kam koo no jawdi. »
— « Baasi walaa mi waajete sarti won hen
so taw ada waawi yoɓde ko kaaloyan-mi. »
« Ɗum kaa waddataab en abba guuri! »
« Ko ɗum jogi-daa fa kokkaa kam mi maata? 1055
« Mi hokkete ɗaandi annii too na riiwndii. »
« Ko ɗum nii ndi riiwndii? »
« Suɓaaɗo e kanŋe ɗum nii ɗaandi riiwndii. »
« Hono ngaɗ-ɗaa keɓoy-ɗaa kanŋe oo fuu? »
« Kaaydara seeka aadi yeɗoy mi kanŋe. » 1060
« Abada pati kiirndoyaa tuma ndunngu woodi. »
« Mi nanii mi jaɓii, miɗo yiɗi abba ɓeydaa. »
— « Aɗa jaɓa aan ne ɓeydude njoɓdi waaju ? »
— « Eyyo abba, hokkete ɗaandi ngonndi 1065
kanyum du na riiwndii kanŋe no artoyiindi.

Notes
a. La forme complète est njiɗ(u)-mi.
b. La forme initiale est waɗ(i)dataa qui a donné waɗdataa

D'ailleurs je n'ai point faim, ainsi je suis sevré
et puis passer des jours sans manger et sans boire.
Mes loques que voici cachent mes parties honteuses.
Tel est le rituel, c'est tout ce qu'il me faut.
Hammadi avança :
« Mien père, je voudrais te demander quelque chose.
— Vas-y, demande !
répondit le vieil homme ;
le temps devient pressant 1, tu ne dois point tarder ;
l'étoile va pointer d'un moment à l'autre ;
la suivre est mon devoir dès qu'elle aura brillé ;
elle guidera mes pas auprès du lointain Kaydara ;
le lointain, le bien proche auprès duquel je vais. »
Hammadi demanda :
« Alors tu vas aussi vers les contrées de Kaydara !
s'il en est ainsi, je t'en prie, conseille-moi ;
je garderai comme trésor le conseil venu de toi.
— Sans peine, je te donnerai un conseil à condition
que tu puisses me payer 2 pour cela.
— Qu'à cela ne tienne, père !
— Qu'as-tu donc à m'offrir ?
— Je te donnerai un bœuf chargé.
— De quoi donc est-il chargé ?
— D'or pur et de qualité il est chargé.
— Et comment as-tu fait pour avoir tout cet or 3
— Kaydara le merveilleux m'a offert cet or.
— Ne voyage jamais par un soir d'hivernage.
— J'entends et j'accepte,
— Père ! et je veux que tu me conseilles encore.
— Et toi-même, voudras-tu payer encore ce conseil ?
— Oui père, je te donnerai un autre bœuf-porteur
chargé d'or lui aussi comme l'était le premier.

Notes
1. Le vieux savait donc très bien ce qu'il attendait.
2. Il faudra l'esprit grossier de Demburu et Hamtuudo pour prendre cette exigence du vieillard pour de la rapacité ; Hammadi, lui, ne s'y trompe pas et sait qu'il s'agit d'une épreuve de plus ; c'est la seule manière pour l'initiateur de savoir si l'initié connaît l'importance de la leçon qu'il « quémande » et combien il est prêt à la payer. On voit que Hammadi ne lésine pas sur le prix.
3. Question rituelle afin que Hammadi légitime sa propriété ; un don est une propriété légitime. Si l'on veut rencontrer Khadru, l'initiateur musulman, il faut gagner les biens avec lesquels on le paie.